Avec plus de 20 ans de pratique intensive et heureuse du MBTI, j’avais envie de faire le point et mettre un peu de clarté sur la dynamique du type ou comment développer son type MBTI.

Qu’est-ce que le MBTI ?

Le Myers-Briggs Type Indicator (MBTI) décrit en premier lieu un questionnaire (Indicator), inventé par deux psychologues américaines dans les années 1940 (Myers et Briggs) pour aider à découvrir quel est son type de Personnalité (Type).

Mais le MBTI est surtout connu et reconnu pour vulgariser la typologie de personnalité mise au jour par le psychiatre Carl Gustav Jung. La théorie et la pratique de la typologie de personnalité de Jung sont exposées dans son livre « Types Psychologiques » (pas du tout simple à lire 😊, d’où l’intérêt du MBTI et de toutes les ressources qu’il met à disposition).

4 dimensions psychiques structurent le MBTI :

  • D’où je tire mon énergie ? Dans l’Extraversion (au contact du monde extérieur) ou bien dans l’Introversion (au contact de son propre monde intérieur).
  • Comment je perçois le monde ? Par la Sensation (factuel, concret) ou par l’iNtuition (global, symbolique).
  • Comment je prends mes décisions ? Par le Thinking (recherche d’objectivité et de rationalité) ou bien le Feeling (en réponse à son propre système de valeurs et en fonction de l’impact sur autrui).
  • Quel est mon rapport au monde, au temps, à l’organisation ?  Jugement (organisation, contrôle, planification) ou Perception (ouverture, improvisation, laisser les évènements établir le calendrier).

Avec à chaque fois, une préférence du type MBTI pour l’un ou l’autre pôle de la dimension. Ce qui amène 16 types de personnalité symbolisés par 4 lettres, par exemple : ENFP (Extraversion iNtution, Feeling, Perception).

Jung s’appuie sur la notion de préférence psychique pour décrire un type de personnalité. Nous savons utiliser les 2 pôles de chaque dimension mais nous avons une préférence, une inclinaison naturelle qui fait que lorsqu’on n’est pas soumis à une contrainte de l’environnement, nous allons spontanément vers un pôle plutôt qu’un autre.

Cette inclinaison naturelle est innée pour Jung et est au cœur du MBTI. Quand on est dans sa préférence, on est dans sa zone de confort, son habileté. Quand on est de l’autre côté, c’est plus difficile, cela demande de la concentration, de l’effort… Mais on peut y arriver 😊

Le MBTI, un modèle complexe mais puissant

Le MBTI n’est pas simple d’appropriation. Les travaux de Myers et Briggs ont permis de rendre la typologie de Jung plus facile d’accès au plus grand nombre. Toutefois, le modèle reste complexe, parce qu’un type de personnalité est complexe (et une personnalité encore plus !).

Le MBTI représente toutefois la typologie de personnalité la plus utilisée dans le monde. Le modèle de Jung est robuste, et les bénéfices du MBTI sont nombreux :

  • Mieux se comprendre, se connaître, s’accepter aussi !
  • Mieux comprendre les autres, le fait qu’on n’a pas les mêmes modes de fonctionnement.
  • Et donc mieux communiquer avec les autres, savoir parler leur cadre de référence, savoir parler « leur type MBTI », prévenir les tensions relationnelles.
  • Constituer des équipes complémentaires et donc beaucoup plus vigoureuses pour faire face au monde VUCA.
  • Identifier son rapport préférentiel à la communication, au changement, au leadership, son environnement de travail le plus propice, ses sources de stress et comment le gérer, etc., etc.
  • Et enfin, travailler son développement personnel. J’entre ici dans l’objet de l’article, comment développer son type MBTI, et donc dans la complexité du modèle !

On ne change pas de type MBTI mais on évolue dans son type !

Nombre de mes clients me font part au détour de conversations sur le MBTI de leur réflexion suivante : « Il faudrait que je repasse le MBTI, c’est sûr, j’ai changé, je n’aurai plus les mêmes lettres » (i.e. le même type).

Alors j’acquiesce sur le fait que le type n’est pas figé, fort heureusement ! Et je bataille aussi parfois pour faire comprendre :  on ne change pas de type MBTI, on ne change pas ses préférences psychiques qui sont innées… En revanche, on évolue dans son type tout au long de sa vie jusqu’à devenir (sans l’être vraiment jamais), l’opposé de son type.

Dans mon cas, ISTJ (l’inspectrice) tend à devenir ENFP (la comédienne) !

Ainsi, le type est plus dans son ensemble que les 4 lettres illustratives des préférences. Le type est constitué de 4 Fonctions psychiques (S, N, T et F) orientées vers l’introversion ou l’extraversion. Le type peut aussi et surtout se décrire à travers ces 4 fonctions : dominante, auxiliaire, tertiaire et inférieure.

C’est ce que Jung appelle le processus d’individuation. A chaque crise existentielle (que je décris plus bas), une fonction psychique émerge qui vient équilibrer les autres. Et à la fin de sa vie, on a développé des préférences psychiques qui n’étaient pas présentes dans la personnalité de l’enfance. Il faut bien trouver des avantages à la maturité, la séniorité, le fait de prendre de l’âge 😊 ! Dans l’enfance, on est le Moi Junguien, en vieillissant, on devient le Soi Jungien plus complet. On accède ainsi à son inconscient, son ombre, un puits de ressources pour Jung, c’est-à-dire le potentiel dans nos registres RH et coach.

La dynamique du type et comment on peut aider à développer son MBTI

Désormais cinquantenaire, je vais parcourir la dynamique du type à travers quelques anecdotes autobiographiques, mais à me relire, L’ENFP est en train de surgir de moi, ça risque d’être un peu plus long que prévu !

En bonne ISTJ (oui, je rappelle qu’il n’y a pas de bon ou mauvais type MBTI), je développe dès l’enfance ma fonction dominante Sensation introvertie. Cette fonction psychique est le pilote de ma personnalité. Elle sait faire beaucoup de choses et notamment : elle a une forte conscience de son monde intérieur, elle accumule les données apprises et vécues. Ce qui est évoque ce qui a été, c’est-à-dire que quand une situation se présente, je la rapproche de tous mes souvenirs et mémorisations concrètes (par exemple pour trouver des solutions). Des types MBTI qui n’ont pas la même fonction dominante que moi me disent parfois : « mais comment tu fais pour te souvenir de ça ?! ».

Puis arrive la crise de l’adolescence. La fonction auxiliaire du MBTI apparaît, elle vient équilibrer la dominante. C’est ma fonction de décision (Thinking), orientée vers l’extraversion. Thinking extraverti apparaît à l’adolescence et continue de se développer tout au long de ma vie. C’est ma conscience de la nature de la situation et de ma capacité à pouvoir et à agir sur cette situation en structurant l’environnement de façon méthodique. En gros, c’est une fonction psychique assez affirmée, une forme d’autorité. Je vois le problème, je sais exactement ce qu’il faut faire, et je dis aux gens ce qu’il faut faire. C’est moins développé que la fonction dominante mais tout de même, ça commence à se voir : capitaine de l’équipe de Volley Ball, déléguée de classe… ça me joue même des tours car Thinking extraverti peut être parfois trop direct dans ses propos. Mais ça m’est très précieux jusqu’ici pour mener mes projets à bien, décider en connaissance de conséquences, avancer, progresser, faire le job ou le faire faire.

Et l’empathie dans tout ça ? Bah, c’est pas dans le type ISTJ et en même temps c’est dans le développement du type ISTJ. Ma fonction tertiaire commence à se développer avec l’entrée dans l’âge adulte. Pour Jung, l’entrée dans l’âge adulte s’accompagne d’une nouvelle crise existentielle (pour moi aussi d’ailleurs). A l’ESCP, c’est la grosse déprime. J’ai failli redoubler ma première année tellement j’ai éprouvé de l’ennui, un sentiment de vacuité dans ces matières du Contrôle de Gestion, du Marketing… et j’ai même voulu arrêter… pour faire Médecine ! C’est la manifestation un peu maladroite de ma fonction tertiaire : le Feeling introverti. Quand on a cette fonction en dominante, on a une conscience aiguisée de son adhésion à ce qu’on ressent, en cherchant à être en harmonie autour de valeurs personnelles profondes, et on décide en fonction du sens ! Donc quand j’ai 20 ans, cette fonction commence à émerger chez moi. Les valeurs personnelles, je ne sais pas encore ce que sais, je n’éprouve pas particulièrement d’élan humain fort pour tout un chacun mais bon, j’ai quand même failli tout plaquer pour faire médecine. Il se trouve que j’ai la phobie du sang,… Je reste à l’ESCP. Et j’entre dans le monde professionnel en choisissant le Consulting : méthodes de travail, process, orga, ça va me plaire le consulting !… (typique du ISTJ 😊). Et puis je me rends compte que je m’intéresse de plus en plus à ce que qui commence à faire plus de sens pour moi que les process… : les personnes ! J’adore le volet RH de mes missions de Consulting : management, recrutement, je forme en interne, je me spécialise dans le Change Management, etc. Et je me certifie au MBTI que j’avais découvert quelques années plutôt et qui avait été une épiphanie pour moi.

Et puis me voilà bientôt au mitan de la vie, nouvelle crise selon Jung, et pour moi aussi, … Et je quitte le salariat et le consulting pour devenir coach et monter ma boîte. C’est sans doute l’émergence de la fonction inférieure. C’est la dernière fonction constitutive du type, elle porte bien son nom. Elle est déjà présente dans l’enfance mais de manière très infime. J’ai l’iNtution extravertie en inférieure. Quand on l’a en dominante, on a conscience de la signification profonde de l’environnement et on a des idées nouvelles en continu, on les partage avec les autres : ce qui est évoque « ce qui pourrait être ». Bref, tous ces types de personnalité hyper inventifs, créatifs et dans le partage d’idées… Ce n’est pas du tout moi (au départ). Quand on a l’iNtuition extravertie en inférieure, ça peut donner sous stress : « Tout ce qui va mal se passer de catastrophique et on va tous mourir » ! N’empêche, cette fonction m’a probablement conduite à faire ce qui aurait pu paraître un coup de folie, démissionner, créer sa boîte, tout cela au service de ma fonction tertiaire (Feeling introverti), accompagnement et coaching.

Aujourd’hui, ma fonction inférieure continue de se développer et je lui ai en plus trouvé un lieu d’expression tout à fait privilégié : l’atelier mensuel d’écriture créative. Ecrits burlesques, dialogues façon Audiard, faire rire les autres, beaucoup d’humour noir… Trop le kif, et trop bien d’être à l’écoute des textes des autres, de rechercher les évocations, les liens entre nos textes. Voilà, un samedi matin par mois, je suis ENFP à fond ! et un peu tous les jours quand même…

Pour conclure en revenant à la partie davantage ISTJ de moi-même, le MBTI est donc un magnifique outil de développement personnel. Il donne des clés concrètes pour développer sa fonction tertiaire et par là-même accéder et développer son inférieure : un potentiel insoupçonné. Devenez qui vous êtes ! Le MBTI peut vous y aider.

Juliette Ricou.